Le numéro de juillet-août de la revue Travail & Sécurité, éditée par l’INRS, consacre son dossier aux chutes de hauteur et de plain-pied. Deux familles d’accidents que leur fréquence rend paradoxalement invisibles.

Deux risques, un même angle mort
Les chutes de plain-pied — glissades, trébuchements, faux pas, pertes d’équilibre — constituent la deuxième cause d’accident du travail entraînant au moins quatre jours d’arrêt. L’INRS en recense plus de 100 000 chaque année, tous secteurs confondus. Souvent tenues pour bénignes, elles occasionnent des lésions allant de la contusion à la fracture, et sont à l’origine d’une trentaine de décès annuels au travail selon l’institut.
Les chutes de hauteur relèvent d’une gravité différente. En 2019, elles représentaient plus de 10 % des accidents du travail. Elles constituent la troisième cause d’accidents occasionnant un arrêt de plus de trois jours, mais la deuxième cause de décès au travail. Les chutes avec dénivellation arrivent au second rang des accidents mortels, derrière ceux liés à la circulation.
Le bâtiment et les travaux publics concentrent une part disproportionnée de ces accidents : près d’un cinquième des arrêts de plus de trois jours consécutifs à une chute de hauteur, 28 % des cas d’incapacité permanente et plus de la moitié des décès.
Ce que révèle la perception du risque
L’INRS souligne que ces accidents sont fréquemment perçus comme inévitables. C’est précisément cette perception qui constitue un objet d’intérêt pour l’analyse des organisations.
Attribuer une chute à l’inattention ou à la maladresse de la personne revient à en faire un événement individuel et fortuit. Cette lecture, très répandue, produit deux effets. Elle limite la remontée d’information — un salarié qui se juge responsable de sa chute la déclare moins volontiers — et elle oriente les réponses vers la vigilance individuelle plutôt que vers les conditions matérielles et organisationnelles.
Or l’état des sols, l’éclairage, l’encombrement des circulations, la conception des escaliers, le port de charges, la précipitation liée aux contraintes de rythme relèvent de choix d’aménagement et d’organisation. La qualification d’un accident comme « bénin » ou « inévitable » n’est jamais neutre : elle détermine ce qui sera analysé et ce qui ne le sera pas.
Agir en amont
Le dossier de Travail & Sécurité présente des démarches conduites dans le transport routier, l’industrie, la préparation de chantier, la logistique et la construction de maisons individuelles. La logique commune consiste à intervenir sur la conception des lieux et des situations de travail plutôt qu’en aval, par la sensibilisation seule.
L’INRS rappelle par ailleurs que l’organisation du travail constitue un levier à part entière de prévention des accidents. Les délais, la charge, les modes opératoires et les déplacements imposés façonnent l’exposition au risque autant que l’environnement physique.
Le numéro comporte également un entretien avec Eugénie Steck, coordinatrice du département des préventeurs techniques et spécialisés chez Prevlink, consacré au rôle des services de prévention et de santé au travail interentreprises et au renforcement de la prévention primaire — c’est-à-dire à l’action sur les causes plutôt que sur les conséquences.
Sources
- INRS, Travail & Sécurité, numéro de juillet-août 2026 : https://www.inrs.fr/actualites/TS-883-juillet-aout-2026.html
- Travail & Sécurité, dossier Les chutes de hauteur et de plain-pied : https://www.travail-et-securite.fr/ts/883/DOS/prevention-chutes-hauteur-plain-pied/chutes-travail-prevention-accidents.html
- INRS, Chutes de plain-pied : statistiques et effets sur la santé : https://www.inrs.fr/risques/chutes-de-plain-pied/statistiques-et-effets-sur-la-sante.html
- INRS, Risques liés aux chutes de hauteur : accidents de travail : https://www.inrs.fr/risques/chutes-hauteur/accidents-travail.html
- INRS, brochure ED 6433, Les chutes de plain-pied : https://www.inrs.fr/media.html?refINRS=ED%206433
- INRS, dossier Organisation du travail : https://www.inrs.fr/risques/organisation.html
